Le suicide et les maladies mentales

Prévention du suicide

Le vendredi dernier était la journée mondiale de la prévention du suicide, J’en ai profité pour avoir une réflexion sur mon passé. Très tôt dans mon enfance, j’ai commencé à être mal, je ne le savais pas à l’époque, mais j’étais atteint d’un trouble d’anxiété généralisé, trouble dont la sévérité a varié tout au cours de ma vie, et qui est présentement très bien contrôlé.

Ce trouble d’anxiété m’a amené à voir des idées suicidaires assez tôt, vers l’âge de 10 ou 11 ans, mais c’est à l’âge de 15 ans qu’elles se sont réellement transformées en désir de mourir, de passer à l’acte. À cette époque, j’étais complètement perdu, rien n’allait dans ma vie et je m’isolais de plus en plus. J’étais plein d’angoisse, je manipulais pour ne pas aller à l’école et je m’enfermais dans ma chambre aussitôt qu’il y avait des inconnus chez moi. Mes amis ont commencé à s’éloigner de moi, mes notes scolaires baissaient, j’avais des problèmes avec certains profs et avec la direction de l’école. Ça n’allait vraiment pas bien dans ma vie, j’avais grandement besoins d’aide.

Bombe atomique dans ma vie.

C’est à ce moment, où j’étais en pleine perte de contrôle, que ma famille est déménagée. Je suis passé d’une petite polyvalente de campagne qui compte 350 élèves à une méga polyvalente de plus de 2000 élèves et ce, au beau milieu de l’année.

Là, les fils se sont touchés, l’anxiété de devoir m’intégrer, la peur de l’inconnu et le fait de ne plus avoir d’amis on fait que j’ai littéralement péter les plombs. Je voyais tout le monde contre moi, je me sentais toujours ridiculisé et humilié, j’étais sur le bord de la panique, de la folie. J’ai abandonné l’école et je passais la plupart de mon temps à broyer du noir dans ma chambre. Mes parents n’étaient tout simplement plus capables de négocier avec moi et mes problèmes. J’ai dû aller consulter en psychiatrie. À ce moment, je voulais mourir, du plus profond de moi-même, je n’en pouvais plus de cette souffrance et de ce mal-être.

J’ai commencé à aller voir une psychiatre à l’hôpital Sainte-Justine, je voyageais en autobus et en métro toutes les semaines pour aller la voir. Pour les premiers mois, toutes les fois où j’ai pris le métro, je me demandais si j’allais me jeter devant, j’ai passé à un cheveu de le faire des dizaines de fois. Je n’ai aucune idée de ce qui m’a retenu, probablement le manque de courage et une lueur d’espoir quant à mon avenir. J’ai pris des médicaments, les séances avec ma psy m’ont aidé et j’ai repris confiance..

Le pire dans tout ça a toujours été le feeling d’être incompris, de solitude profonde et de ne pas savoir ce qui ne va pas chez moi. L’isolement.

J’ai eu quelques autres périodes où j’ai vraiment eu le désir de mourir, mais jamais aussi intenses que celle de mon adolescence.

 

« Me suicider, plutôt mourir ! »

– Rock et belles oreilles

 

Aujourd’hui, avec du recul, une vie beaucoup plus équilibrée et des outils pour faire face à l’adversité, le suicide n’est pas une option ni une solution, jamais, et en aucun cas. Je prends les moments difficiles pour ce qu’ils sont, des moments difficiles.

Qu’est-ce qu’il faut faire alors pour enrayer ce fléau?

Se responsabiliser

J’ai consulté en santé mentale régulièrement au cours de ma vie, de l’enfance jusqu’à dernièrement, et ce, avec des psychiatres, psychologues, travailleurs sociaux, médecins, ou des intervenants divers. Et en réfléchissant à tout ça, j’ai réalisé que le principal travail à faire par rapport aux problèmes de santé mentale, c’est d’éduquer les gens par rapport leur responsabilité face à ce sujet.

Je suis responsable de ma santé mentale (les parents, de celle de leurs enfants), comme je suis responsable de ma santé physique. Je fais ce qui est en mon pouvoir pour garder une bonne santé physique (alimentation, entrainement, etc.), et si je tombe malade, je vais consulter un spécialiste pour me faire soigner (en principe, on devrait agir comme ça).

C’est la même chose pour la santé mentale!

La santé mentale ça s’entretient, ça se travaille et quand on est malade, ça se soigne.

Les gens attendent beaucoup trop avant de consulter. La honte (l’orgueil) reliée à la détresse psychologique est le principal obstacle quand vient le temps de demander de l’aide. La meilleure façon de franchir cet obstacle est l’éducation et le dialogue.

On voit les problèmes de santé mentale comme quelque chose de très grave et rare, on se sent seul et unique là dedans. Alors, on aime mieux nier nos problèmes plutôt que de les admettre. Mais les problèmes de santé mentale sont beaucoup plus communs et courants qu’on ne le croit, et la plupart se traitent relativement simplement, souvent sans médication.

Des statistiques hallucinantes

Les statistiques par rapport au suidice et aux maladies mentales sont complètement hallucinantes!

Environ 20 % de la population souffrira d’une maladie mentale au cours de leur vie, et le 80% qui reste sera affecté par une maladie mentale chez un membre de la famille, un ami ou un collègue. (Source : Rapport sur les maladies mentales au Canada, Santé Canada, mai 2006.)

Voici d’autres statistiques intéressantes que j’ai trouvées sur le site de l’association pour la santé mentale, un site extrêmement intéressant et instructif : http://www.cmha.ca/bins/index.asp?lang=2

  • Plus d’un demi-million de personnes âgées de 15 ans et plus (2,2 %) ont mentionné avoir des activités limitées en raison de troubles émotifs, psychologiques ou psychiatriques.
  • Environ 8 % des adultes éprouveront une dépression majeure à un moment quelconque durant leur vie.
  • Environ 1 % des Canadiens et Canadiennes éprouveront un trouble bipolaire (ou « psychose maniaque-dépressive »).
  • La schizophrénie touche 1 % de la population canadienne.
  • Les troubles anxieux touchent 5 % de la population à domicile, causant un handicap léger à grave.
  • Le suicide représente 24 % de tous les décès chez les personnes âgées de 15 à 24 ans et 16 % chez les personnes âgées de 25 à 44 ans.
  • Le suicide chez les 50 ans et plus a bondi de 27 % à 39,9 % entre 1999 et 2006. Cela signifie que 40 % des 1136 Québécois qui se sont suicidés en 2006 faisaient partie de l’âge d’or.
  • Le suicide est une des principales causes de décès chez les hommes et les femmes de l’adolescence à l’âge moyen.
  • Le taux de mortalité attribuable au suicide chez les hommes est quatre fois plus élevé que chez les femmes.
  • Près de la moitié (49 %) des gens estimant avoir déjà été atteints de dépression ou d’anxiété n’ont jamais consulté un médecin à ce sujet.
  • La stigmatisation rattachée aux maladies mentales présente un obstacle sérieux, non seulement pour le diagnostic et le traitement, mais également pour l’acceptation dans la communauté.
  • Les maladies mentales peuvent être traitées efficacement.

Source : L’association canadienne pour la santé mentale
http://www.cmha.ca/bins/index.asp?lang=2

Le suicide et les maladies mentales, la conclusion.

Le suicide et les maladies mentales sont intrinsèquement liés. Pour éliminer l’aura de honte et de peurs qui entoure ces deux sujets ainsi que pour dédramatiser, on doit s’ouvrir et en discuter simplement, dans la famille, entre amis, au travail, à l’école, partout. Consulter pour un problème de santé mentale doit devenir aussi normal que de consulter pour n’importe quel autre problème de santé.

Quand j’ai commencé à m’ouvrir sur le sujet, j’ai réalisé que je n’étais pas seul, je côtoyais des gens qui vivaient des choses semblables aux miennes sans le savoir. En discuter ouvertement m’a permis de dédramatiser la situation ainsi que de partager et d’échanger des moyens pour s’aider à aller mieux.

Vous, ou des gens autour de vous avez vécu des problèmes de santé mentale, je vous invite à partager vos opinions et vos expériences sur le sujet.

crédit photo : epSos.de


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